Concevoir des technologies pour améliorer l’autonomie des personnes aînées

Concevoir des technologies pour améliorer l’autonomie des personnes aînées

Qu’ont en commun les téléphones portables et les cuisinières? Dans les deux cas, il s’agit d’appareils conçus pour être sécuritaires, pratiques et faciles à utiliser… surtout si vous avez moins de 65 ans! Forts d’un partenariat de recherche fructueux et de longue haleine, la Pre Susan Reid, de l’Université Bishop’s, et le Pr  Bessam Abdulrazak, de l’Université de Sherbrooke, font équipe pour trouver des moyens de mieux concevoir les technologies afin d’accompagner les aînés dans leur quête d’autonomie.

Dr. Susan Reid and Dr. Bessam Abdulrazak

L’ONU prévoit que d’ici 2050, une personne sur six dans le monde aura plus de 65 ans, ce qui représente une augmentation, par rapport à une personne sur 11 en 2019. Plus spécifiquement, on prévoit qu’une personne sur quatre en Amérique du Nord sera alors âgée de 65 ans et plus. Bien que ce segment démographique soit significatif, la conception des produits technologiques semble peu tenir compte de ses besoins grandissants. « Environ 90 % des aînés canadiens prévoient habiter leur propre maison aussi longtemps que possible, tout en demeurant autonomes », explique la Pre Reid. Toutefois, souligne le Pr Abdulrazak, demeurer dans leur propre maison « devient plus difficile, puisque le vieillissement est marqué par des diminutions des habiletés physiques et cognitives. Il faut donc trouver de moyens d’appoint, comme les technologies ».

Un téléphone intelligent plus accessible

Leur premier projet a ciblé un appareil qui relie des milliards d’usagers à travers la planète : le téléphone intelligent. « C’est un choc de constater que le plus important segment de notre société canadienne est celui dont les concepteurs de téléphones et les développeurs d’interfaces se sont le moins souciés », observe la Pre Reid. Afin de répondre à ce manque d’attention aux besoins des aînés, les deux chercheurs se sont attelés à la conception d’un appareil plus facilement accessible. Ils ont débuté par bien cibler les besoins des usagers en misant sur l’expertise en développement de nouveaux produits de la Pre Reid, et sur celle en informatique du Pr Abdulrazak, pour le développement des applications. Leur nouvelle interface, qui comprenait notamment des icônes de plus grande taille, des mesures de communication d’urgence, ainsi que des fonctions simplifiées, a ensuite pu être mise à l’épreuve auprès des utilisateurs. Si certains de leurs résultats pouvaient sembler prévisibles, d’autres étaient plus surprenants. « Le deuxième besoin le plus important était expérientiel, explique la Pre Reid, pouvoir jouer à des jeux était quelque chose qu’ils souhaitaient vivement. Nous ne nous attendions pas à ça. »

Capture d'écran d'un téléphone intelligent plus accessible

Une cuisinière capable de cerner les dangers

La deuxième collaboration des chercheurs s’articule autour d’un appareil en apparence anodin. Les apparences peuvent être trompeuses toutefois, lorsqu’on comprend les dangers que la cuisinière peut représenter lorsque les gens avancent en âge. « Nous savons que le plus gros problème à la maison en termes de risque avec les cuisinières est le feu », affirme le Pr Abdulrazak. Avec la Pre Reid, il a cherché en vain un système existant misant sur la sécurité et la réduction des risques d’incendie, brûlures et inhalations lors de la cuisson. Avec cet objectif en tête, les partenaires de recherche ont « étudié tous les dangers associés aux cuisinières pour trouver une solution selon deux perspectives : celle de l’usager et celle du développement ». De leurs résultats initiaux, ils ont tiré un design conceptuel de cuisinière baptisé InOv (cuisinière se dit oven en anglais NDLR). Cette cuisinière intelligente vise à discerner les situations dangereuses en mesurant divers paramètres dans l’environnement de l’appareil, comme les températures des éléments chauffants et les niveaux de monoxyde de carbone. En gardant l’usager au centre de leur démarche, les chercheurs ont suivi une démarche ascendante pour impliquer activement des aînés dans leur processus de conception.

Ce partenariat de recherche fertile visant à répondre aux besoins technologiques pressants des aînés remonte à 2011. Professeure de marketing à l’École de gestion Williams de l’Université Bishop’s, la Pre Reid s’intéresse à l’innovation et à la stratégie de développement de nouveaux produits, aux technologies et à l’analyse des marchés. De son côté, le Pr Abdulrazak évolue au Département d’informatique de la Faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke. Ses intérêts de recherche comprennent l’Internet des objets, l’intelligence ambiante, les environnements intelligents, les technologies d’appoint et la robotique en réhabilitation. Bien qu’ils proviennent d’horizons différents, ils partagent une perspective centrée sur l’usager. « Par mon parcours et mon doctorat, ayant travaillé avec des gens à mobilité réduite, je sais qui si on veut répondre aux besoins véritables des gens, il faut aller sur le terrain et les impliquer dès le départ », explique le Pr Abdulrazak. Ce à quoi la Pre Reid acquiesce, sur la base de son cheminement en biopharmaceutique et en marketing, en ajoutant qu’ils avaient « des perspectives similaires dans [leur] conviction à propos de l’implication des utilisateurs dans le processus de conception ».

Devant un changement démographique imminent, la recherche menée par les professeurs Reid et Abdulrazak est cruciale pour parvenir à vieillir chez soi. Alors que la population des 65 ans et plus augmente, les fabricants de technologies devront repenser leurs méthodologies de développement de haut en bas et se concentrer davantage sur la préoccupation principale de ce duo de chercheurs : les usagers.